Je culpabilise

Rédigé par Norore Aucun commentaire
Une vieille grille en partie rouillée dans une ouverture de fenêtre sur un mur de briques et de ciment

Tout est dans le titre. Au départ je pensais en faire un ou deux messages sur Mastodon et les découper pour Twitter, mais finalement, j’avais besoin de laisser glisser mes doigts sur le clavier. Ce n’est pas un texte amusant ni technique. C’est assez personnel et, âmes sensibles soyez prévenues, c’est un peu mon état psychologique actuel avec le COVID-19.

Je culpabilise.

Je culpabilise parce que je suis privilégiée dans tout ce merdier qu’est le monde actuellement.

Je suis en bonne santé. Je ne manque de rien. J’ai trois chats et je vis avec ma moitié, qui arrive à supporter mes sautes d’humeur (il y en a plus souvent depuis Mars…). J’ai un boulot qui me plaît même si parfois je râle/peste dessus.

Mais la situation actuelle me pèse, et sortir de chez moi me fais sentir une épée de Damoclès au dessus de la tête. Je ne vois pratiquement plus personne en dehors de mes collègues et de mon foyer. C’est difficile mentalement.

Je n’ai pas pu voir mes parents cet été. Ni fêter mon anniversaire et celui de mon frère en famille, confinement oblige. Je ne peux toujours pas voir mes parents, de peur de les contaminer, et je ne sais pas quand je pourrai les revoir. Quant à voir mon frère, je ne sais pas non plus quand cela sera possible.

Et je culpabilise parce d’autres n’ont pas ma chance.

Je pense à une de mes amies, qui vit recluse depuis des mois, et qui ne doit pas choper cette saleté. Parce qu’elle est fragile. Parce que l’on ne sait pas si son corps encaisserait la maladie. On se doute que non. Mais son employeur semble s’en foutre. Heureusement elle a des médecins formidables qui la soutiennent, et lui font les certificats idoines, ainsi que pour son mari. Mais elle a aussi une famille, dont un petit garçon qui a fait sa rentrée en Septembre. Loin de chez eux, dans une région moins touchée. Et je suis contente de la savoir plus en sécurité. Mais je sais aussi que c’est très dur pour elle et sa famille. Parce qu’ils ne peuvent voir personne, de peur de la contaminer. Elle et sa famille me manquent, et je m’inquiète même si je ne leur écris pas souvent.

Alors je culpabilise avec mes "petits" tracas, moi qui suis tellement privilégiée.

Je me demande aussi si mes autres amis vont bien. Même ceux que j’ai connu il y a longtemps et que j’ai perdu de vue. Est-ce qu’iels vivent bien la situation ? Est-ce qu’iels vont bien ? Est-ce que l’on pourra de nouveau se retrouver pour une occasion ou une autre, boire des coups ensemble et refaire le monde avec nos visions de la vie à la fois similaires et différentes ?

Et puis je pense au corps médical, moi qui ai connu personnellement certains d’entre eux, parce que ce sont des amis de mes parents, qu’ils ont connu pendant l’internat de mon père. Ce corps médical tellement délaissé depuis trente ans par les différentes politiques mises en place. Certaines mesures ont été bien pensé. D’autres ont donné la situation de délabrement que l’hôpital public connaît actuellement, en plus de la pandémie. J’espère qu’iels vont pouvoir tenir. Je souhaite que cette situation s’améliore au plus vite, et qu’iels puissent tous souffler et prendre le repos qu’iels méritent tous. Je souhaite que les politiques à venir sauront tenir compte de la place réelle et importante de l’hôpital public et que la logique, absurde lorsque l’on parle de santé, de rentabilité sera enfin enterrée.

Et je culpabilise, moi qui ne suis pas confrontée à tout ça. Est-ce que j’aurai pu être utile, aujourd’hui, si j’avais finalement tenté médecine au lieu de préférer partir en biologie ? Et est-ce que j’aurai été à la hauteur de cet immense tsunami ?

Je l’ignore. Je me sens impuissante. J’ai l’impression d’être dans une sorte de dimension parallèle dont je ne parviens pas à m’échapper. Comme un cauchemar qui ne semble pas avoir de fin.

Et je culpabilise. Et le fait de culpabiliser me fait culpabiliser davantage.


Source de l'image d'accroche : Une vieille grille en partie rouillée dans une ouverture de fenêtre sur un mur de briques et de ciment. Photographie de Engin_Akyurt sur Unsplash

Classé dans : Humeur Mots clés : aucun

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